Mahmoud Chalbi, Agitateur Culturel

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L’Interview - Mahmoud Chalbi Agitateur culturel

Vers quelques heures pâles de la nuit…

Né le 28 mars 1958, biologiste de profession, éditeur, poète, photographe, plasticien, galeriste animateur d’El Teatro « Aire Libre » depuis 1996, Mahmoud Chalbi n’a qu’un seul rêve : créer une Cité d’artistes où tout le monde sera en convivialité libre et créatrice. 

Le Temps : Quand le ciel est si bas qu’on ne peut que se pendre, comment as-tu fais pour te prendre au jeu de la mort toujours reportée alors que quotidiennement, on ne fait que la remettre dans son essence de vague toujours recommencée ? 

*Mach : La vague toujours recommencée ne peut fixer sur la grève l’être. Etre c’est être en quête de soi-même. Pauvre hère toujours naviguant vers soi-même. 

A cet instant précis, je n’ai aucune envie de te poser une question. Peux-tu faire avancer la locomotive ? 

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*Eh bien c’est simple. Je suis un scientifique passionné de littérature. J’ai commencé un jour, il y a de cela très longtemps à écrire. J’ai publié ! Depuis que j’ai croisé les hommes, j’ai plongé dans la plasticité. Je n’ai toujours rien compris mais je continue, au delà de toute occultation, de toute oppression. 

Continuons le voyage. Pourquoi aimes-tu voyager en ma compagnie ? 

*Cher poète, je ne suis qu’un biologiste, syndicaliste, poète, photographe, peintre, animateur de mes amis artistes, qui aime la vie, la trace, la mort et tout le reste pour que demain soit meilleur. 

Pourquoi cette légende du lendemain meilleur alors que le lendemain a le droit et le devoir d’être pire qu’aujourd’hui. Même si cela semble difficile pour ne pas dire impossible ? 

*Même si (comme disait notre ami Léo Ferré) c’est le désespoir qui fait la révolte, je maintiens que sans espoir, il ne peut y avoir de révolte. 

Tu parles comme un adolescent. Qui t’a donné ce superbe droit lequel, même, dans les sociétés civiquement évoluées, est distillé ? 

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(Paul KLEE)

*L’adolescent étant la source, le reste ne venant que par la construction de soi-même, c’est par la rencontre des autres dans toutes leurs diversités, et la diversité de leur expression artistique, que je me suis fait. Ce que je veux dire, c’est qu’au delà de mes écritures d’adolescence, j’ai rencontré Raouf Jerbi, Hatem Bouriel, Ahmed Zelfani, Hechmi Ghachem, Fadhel Jaibi, Fadhel Jaziri et Taoufik Jbali, bien sûr ! C’est pour cela que je me veux fondamentalement agitateur, découvreur des artistes de demain, (pour revenir à la notion d’espoir) ! 

Mais l’espoir, c’est la monnaie des perdants, quelques rares fois celle des grands perdants. Es-tu de la race des grands perdants ? 

*Dans ta question, je retiens monnaie et perdant. Monnaie tant qu’à faire, on s’en fout des gagnants. Et perdants : on assume jusqu’à nouvel ordre. 

Le nouvel ordre mondial s’est déjà installé, et tu ne peux exister que comme serviteur dans cette divine globalisation. As-tu encore la force de te mettre en colère, alors que cela ne peut servir à rien ; et es-tu pour la nouvelle hégémonie Américano-Européenne ? 

*Sûrement pas ! Dans le sens que l’alter mondialisation est en route pour contrer toute hégémonie. Que l’Art, la fraternité et l’amour entre les Hommes (les vrais) fera –et je me répète- un lendemain meilleur. 

Quel héritage tu vas léguer à tes enfants ? 

*Vu les circonstances, je ne peux léguer que mon être et ses restes ; beaucoup de livres, des tableaux, des photos, des sculptures et beaucoup d’amour. 

Ton rapport avec la nuit ? 

*La nuit a été mon jour. Sans la nuit, je ne serais rien. La nuit est la vérité des hommes. 

Encore un retour à Ferré avec « Monsieur Richard, le dernier pour la route. Les hommes, il ne conviendrait de les connaître que disponibles, vers certaines heures pâles de la nuit, avec des problèmes d’hommes, simplement des problèmes de mélancolie. Alors on regarde au loin, derrière la vitre du comptoir et l’on se dit qu’il est bien tard. Monsieur Richard, encore un pour la route. » 

Mais pourquoi tu ne m’as pas parlé d’Ostende ? 

*Tu me parles d’Ostende alors que moi je suis vieux comme l’hiver, cinquante ans avant hier. Et puis parler de quoi dans ce monde « carrefourisé » où l’Art n’est plus qu’un ticket pour accéder aux nouveaux paradis artificiels, qui n’ont aucun lien de parenté avec les paradis artificiels du grand Charles Baudelaire. 

Il me semble que comme beaucoup de ceux que j’ai connus – y compris moi-même – tu n’as servi à rien. 

*Oui, dans l’absolu mais quand même, on a bien balisé les routes d’un demain sans reconnaissance aucune et sans espoir. 

Tu n’as pas honte ? 

*De quoi ? De qui ? Dans un monde dominant, sans honte aucune ! 

Merci mon ami. 

*A toi aussi pour que vivent les lendemains meilleurs. 

Entretien conduit par 

Hechmi GHACHEM