7e Printemps des arts plastiques à La Marsa (22 mai-12 juin)

Des installations au cœur de l’actualité A l’image de la géographie éclatée de ce 7e Printemps des arts (se déroulant à  La Marsa dans plusieurs lieux: El Abdellia, Kenza, Driba, Artyshow…),

les œuvres exposées, leurs thématiques et leurs supports sont divers et variés. Mais c’est sur les installations exposées à El Abdellia que nous nous sommes notamment focalisés.
Remarquons d’emblée que les installations sont moins nombreuses que les autres techniques artistiques (peinture de chevalet, dessin, photographie…). Cela s’explique-t-il par le manque d’espace ou par d’autres raisons ?
Quoi qu’il en soit, les installations exposées présentent des similitudes au niveau des thématiques ainsi qu’au niveau des matériaux employés (objets de récupération, papiers journaux, mannequins, poupées, etc.). Les préoccupations des artistes touchent à l’actualité politique, économique (Najet Gherissi) et sociale (Rouma Belhiba) aussi bien au plan national (Mohsen Jeliti) qu’international (Zouheir Ben Amor et Rachida Amara).
Ainsi Najet Gherissi, à travers «La crise financière» et «Gaza, ville détruite» qui font partie d’un vaste ensemble de sculptures reconnaissables à leur couleur bleue, ou Zouheir Ben Amor dans «Guantanamo, plus jamais ça» ou encore Rachida Amara dans «Crazy world» racontent l’état du monde. Ces installations sont marquées par une certaine littéralité dans le traitement, telle la représentation d’un crâne pour exprimer l’horreur de la guerre dans «Gaza, ville détruite».
Autres exemples : Ben Amor met en scène des personnages en fer, des chaînes, la charte des  droits de l’homme pour dénoncer Guantanamo; Rachida Amara, quant à elle, expose un globe aux couleurs rouge et bleu pour discourir sur la folie du monde dans son œuvre «Crazy world».
Plus portée vers le social, «Normes, normal, much normal» de Rouma Belhiba investit le centre du patio d’El Abdellia avec ses mannequins désarticulés, les uns couverts de billets de banque, les autres de foulards, de tissus, et autres.
Plus ludique et sans prétention, «Art contemporain à La Marsa» de Faten Rouissi raconte, à sa manière, l’art contemporain grâce à des jeux de mots non dénués d’humour. L’œuvre se résume à une série de panneaux du code de la route : chacun est associé à une expression du monde de l’art. Exemple, le panneau où l’on voit le signe «Interdit de fumer» est associé à l’expression «Fumistes s’abstenir».
L’originalité des «Corps en fabrique» de Harrabi Hbiba, dont les minuscules personnages, ou bouts de personnages en terre cuite, sont  reproduits à l’infini par une machine à moudre, certains sont même embarqués dans des boîtes de conserve, d’autres s’entassent dans un drôle de chaos. Ces corps nous renvoient aux personnages minuscules et en terre cuite du sculpteur anglais Antony Gormley mais qui, chez lui, sont innombrables et investissent de vastes salles.
Achevant cette pérégrination artistique, dans la salle consacrée aux dessins, les œuvres de Hela Lamine (sans titre) et de Mohamed Ben Soltane (sa série Caféine) ont suscité notre intérêt grâce à leur univers singulier, leurs dessins expressifs traduisant une imagination débordante et un talent certain.
Ainsi cette 7e édition offre un panorama artistique assez complet. Souhaitons qu’à l’avenir cette manifestation gagne en singularité grâce à un accrochage plus sélectif, et plus dynamique, faisant dialoguer les œuvres entre elles, opte pour des espaces plus ramassés,  afin de marquer davantage sa spécificité.
Alia N.