La Presse, Page culturelle le 05.06.2009

 

A l’Aire libre d’El Teatro - Dazibao.com, photos de Zouheïr Ben Amor

Ironie et sarcasmes

On accompagne les personnes qui nous sont chères dans le tournant de la vie, on leur prend la main si on est démonstratif ou par un regard très éloquent si on est pudique...

Zouheïr ben Amor a choisi le mot, le terme, l’expression, la parole écrite pour accompagner ses photographies exposées sur les murs de son «Dazibao» à l’Aire libre de l’espace El Teatro.

Ce n’est pas par hasard que l’aire libre a été choisie comme Daziboa pour que Ben Amor nous parle de son aire à lui «El Zahra» et d’autres , bien au contraire c’est une foi inébranlable dans la culture qui révolutionne. Ces photographies reflètent une préoccupation par ce rajout du «.com» à l’intitulé, comme pour pointer du doigt la nouvelle aire sociale de l’inter et nette communication.

Ce n’est pas en blouse blanche du biologiste mais en substituant le microscope par l’objectif orienté de l’appareil photographique que Zouheïr Ben Amor expose une série de photos ou plutôt un affichage photographique à l’espace El Teatro le 23 mai et qui se prolongera jusqu’au 8 juin.

Ironie, sarcasmes, œil critique, nostalgie, irritation, provocation… ce sont les maîtres mots de cette exposition qui sonne comme une note de fouine d’un arracheur de l’instant propice de la photographie. Entre détournement provoqué et prise réelle, il intercepte la faille par exaspération de ce qui est devenu un rêve amoureux, délaissé par choix ou par déni, mais ce qui en reste devient prétexte de jeu de mots pour un droit au zooming photographique. Il compose, cercle, coche, intervient par le dessin, mais souvent par le verbe; les images proposées par l’artiste ne sont pas de l’ordre du classique mais celle du brut. Un brut qui laisse perplexes les amateurs de la photo noir et blanc, c’est peut- être un effet placebo recherché, une conséquence biochimique d’une suggestion symbolique qui laisse trace pour qu’une hésitation d’adhérence subsiste. Centrées sur fond noir, cadrées, ces photographies exhibent un rêve éveillé d’une relecture de l’actualité qui se presse sur la surface sensible. Ben Amor fixe l’image pour ne pas en faire des clichés. Une de ses photographies, mettant en scène le devenir d’un papier journal en un outil de nettoyage, n’a nullement eu besoin d’escorte verbale, où le verbe a été remplacé par l’illustration du mimétisme de la récupération de l’information. Mais il reste à savoir le pourquoi de ce cortège verbal qui se présente comme une obligation orientée du regard et une «non ouverture» à l’imaginaire, impossible de saisir la cause de cet acte égoïstement créatif mais peut- être que cet affichage artistique n’est que le désir profond d’une expression intentionnellement souffrante d’un espoir de retour.

 

Yosr N.